Mardi 20 octobre 2009

Il y a eu des hommes qui ont écrit des pages  

De notes d'une vie à la valeur inestimable

Irremplaçables pour avoir dénoncé

Le plus corrompu des systèmes trop souvent ignorés  

Des hommes ou des anges envoyés sur Terre pour mener une guerre

De bandes et de familles dispersées comme autant de billes

Sur une île de sang qui parmi tant de merveilles

Parmi les citrons parmi les coquillages... Massacre fils et filles

D'une génération forcée à ne pas regarder

A parler tout bas à éteindre la lumière

A s'abstenir de commentaire pour chaque balle en l'air  

Pour chaque cadavre dans un fossé

Il y a eu des hommes qui pas après pas

Ont laissé un signe avec courage et engagement  

Avec dévouement contre une institution organisée  

Cosa Nostra... Votre affaire... Qu'est-ce qui est à vous ?  

Est à nous... La liberté de dire  

Que les yeux sont faits pour regarder  

La bouche pour parler les oreilles écoutent...  

Pas que de la musique pas que de la musique  

La tête se tourne et ajuste sa cible raisonne  

Parfois condamne parfois pardonne  

Simplement     

 

[Refrain]  

 

Réfléchis avant de tirer  

Réfléchis avant de parler et de juger essaye de réfléchir  

Dis-toi que tu peux décider  

Reste un instant seulement un instant de plus  

Avec la tête entre les mains     

 

Il y a eu des hommes qui sont morts jeunes  

Mais conscients que leurs idées  

Seraient rester aux travers des siècles comme des mots des hyperboles

Intactes et rééls comme des petits miracles  

Idées d'égalité idées d'éducation  

Contre chaque homme qui exerce oppression  

Contre chacun de ses semblables contre les plus faibles  

Contre qui enterre la conscience dans le ciment     

[Refrain]     

Il y a eu des hommes qui ont continué  

Même si dehors tout était brûlé  

Parce qu'au fond cette vie n'a pas de sens  

Si tu as peur d'une bombe ou d'un fusil pointé  

Les hommes passent et une chanson passe  

Mais personne ne pourra jamais arrêter la conviction  

Que la justice non... Elle n'est pas qu'une illusion     

 

[Refrain](x2)   

Réfléchis

 

 

 

Par Christian - Publié dans : Antimafia - Communauté : Antimafia
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Jeudi 8 octobre 2009

Vingt-trois ans de cavale meurtrière, et Salvatore Riina, parrain des parrains siciliens, est tombé. Après le martyre de Falcone et de Borsellino, l'espoir renaît. Pour cela, il aura fallu une mobilisation nationale. Et que, surtout, les politiciens balaient devant leur porte. Une chose est sûre: en Italie, rien ne sera plus comme avant...

 

Totò Riina, le parrain de Corleone arrêté «Hanno arrestato u Curtu?» Oui. Ils ont arrêté le Courtaud. Ce 15 janvier 1993, à 8 h 30, les carabiniers de Palerme - les «Têtes de cuir» - coincent l'homme invisible: Salvatore Riina, 62 ans, 1,59 mètre. Tottuccio pour les intimes. Les autres - ceux qui tiennent à la vie - lui donnaient du «don» Toto: c'est ainsi qu'on s'adresse au parrain de Corleone, au régent de la Coupole, au chef suprême de Cosa Nostra.


Signes particuliers: a transformé la Sicile en stand de tir, en débit d'héroïne, en terrain vague. Il faut une grue pour soulever son casier judiciaire. Les fossoyeurs lui doivent beaucoup. Directement, 80 meurtres. Indirectement, des centaines et des centaines. Dont le gratin de la République: les élus Reina, Matarella, La Torre; les policiers Giuliano, Mancuso, Cassara, Montana; les carabiniers Russo, Basile, Dalla Chiesa; les juges Terranova, Chinicci, Falcone, Borsellino. «Nous avons capturé le premier du classement», dira Nicola Mancino, ministre de l'Intérieur. Toute la classe politique, toute la presse - jusqu'à «la Gazzetta dello Sport» - saluent la performance. Mais il aura fallu vingt-trois ans pour en arriver là. L'année 1969, à Bari, Cesare Terranova traîne en justice 71 Corléonais; et Toto disparaît. Vingt-trois ans de cavale, d'impunité, de défi. Vingt-trois ans de clins d'œil avec l'Etat. L'éditorialiste de La Repubblica, Giorgio Bocca, parle de «complot» et ajoute: «Cet assassin analphabète et féroce fut l'interlocuteur secret d'une classe politique indécente.»


Comment est-il tombé?


Le 9 janvier, le général Delfino, commandant les carabiniers du Piémont, reçoit un coup de fil de ses collègues de Novare. On lui passe un Sicilien - inconnu des services de police - ramassé la veille dans un contrôle de routine. La voix: «Je suis un homme mort. Je suis aussi un homme d'honneur. J'ai des choses à vous dire...» Silence. Puis la bombe: «Je suis le chauffeur de Toto Riina.» Fils de «Peppino le Turc» et berger de son état, Baldassare di Maggio, 39 ans, travaillait auparavant pour Giovanni Brusca et la famille de San Giuseppe Jato, affiliée aux Corléonais. Aujourd'hui, le clan Brusca veut le liquider. Donc Di Maggio doit fuir. Et s'entendre avec la police: Riina contre sa sécurité. On connaît la suite. Il demande à Delfino un crayon et du papier. Lui dessine les contours d'un quartier de Palerme: le fief du boss. Puis il fait une croix: «C'est là...» Il donne la marque du véhicule de Riina (Citroën ZX) et l'immatriculation. Que manque-t-il? Ses horaires de sortie: «Le matin...» Dans la foulée, il offre à Delfino une liste de 200 «noms». Et rapporte les voyages que Toto effectuait à Turin, en Lombardie, en Allemagne - ce qui dément la thèse selon laquelle Riina ne quittait jamais son île. Aujourd'hui, Di Maggio et sa famille ont déserté le paysage. Ils sont sous la protection des carabiniers, c'est-à-dire «nulle part». Toto, lui, a une adresse: la prison romaine de Rebibbia, le bunker où fut transféré Ali Agça, l'homme qui voulait tuer le pape. En incarcérant Riina, c'est l'histoire de Corleone que l'on met sous les verrous. Le bourg est perché sur un caillou, à 36 kilomètres au sud de Palerme. Un gros caillou dans la botte de l'Italie. Figure de l'après-guerre, le Dr Michele Navarra est le parrain du coin. Un parrain à l'ancienne: seuls comptent le respect, le pouvoir. Le «dottore» veut devenir «onorevole»: député. Directeur de l'hôpital - il a fait descendre son prédécesseur - Navarra invente une martingale qui restera dans l'Histoire: il délivre des certificats d'aveugle à tous ses électeurs «incertains». Pour entrer dans l'isoloir, ces gens-là ont besoin d'un accompagnateur. Toto accompagne. C'est là qu'il fait connaissance d'un psychopathe: Luciano Leggio, dit Liggio. Un tueur. Le lieutenant de Navarra. Le boss est un intellectuel, l'autre un gardien de chèvres; le premier ne rêve que de puissance, le second d'argent; le médecin achète les policiers, le malade leur tire dans le dos. Pour Riina, le choix s'impose: Liggio sera son maître, son «professore». L'excellent Luciano quitte Navarra et marche alors sur les brisées du parrain. Le docteur tente de l'éliminer. Le rate. C'est dommage. Le 2 août 1958, on retrouve son cadavre. Plombé de 76 balles.


Toto s'épanouit. Il a 28 ans. Un troisième Corléonais se joint à eux: Bernardo («Bino») Provenzano, alias «u vidanu», le péquenot, ou encore «u tratturi», le tracteur. De lui, Liggio dira: «Il a la cervelle d'une poule, mais il flingue comme le Bon Dieu.» Le charmant trio descend sur Palerme. Le sentier de la gloire. Ils investissent le marché du grain - 20% sur les ventes - des billards, des flippers, des cimetières, des travaux publics. Leur racket passe par une férocité inédite. Ils ne connaissent aucune règle, sinon celle du Beretta et de la mitraillette Thompson, le piano de Chicago, qui remplacent leur vieux fusil de berger. Toto et Bino y gagnent un surnom: «Le Belve», les bêtes fauves. Liggio étant atteint de la maladie de Pott, tuberculose osseuse, ils sont les béquilles du parrain. En 1974, lorsque Liggio est arrêté, Toto Riina devient son proconsul. Bientôt, il occupe un fauteuil au sein de la Coupole - conseil d'administration des familles siciliennes. Très tard, les Corléonais comprennent qu'ils ont manqué le train: les Palermitains sont dans la drogue jusqu'au cou; la came vient de Marseille; ils l'expédient vers les Etats-Unis. Et ça rapporte des millions de dollars. Toto veut sa part. C'est-à-dire tout. De sa cellule, Liggio, en stratège, lui conseille de nouer des alliances. Avec le clan Greco, à Palerme. Avec Nitto Santapaola, le parrain de Catane, où l'on décharge la morphine-base. 1981: la Saint-Barthélemy des voyous commence. Elle va durer deux ans. On relèvera, ou non, un bon millier de cadavres. Sulfatés à la kalachnikov. Etranglés. Démembrés. Dissous dans l'acide. Coulés dans le béton. Corleone a vaincu: Toto règne sur la Coupole. En pleine rue, il abat quiconque le dérange - magistrat, préfet, carabinier, député. Avec l'indifférence - complice ou bienveillante - de Rome. La brutalité corléonaise ébranle l'omertà.


Dès 1973, le pionnier des repentis, Leonardo Vitale, vide son sac sur Toto: on l'enferme chez les fous. «Dix ans de perdus», dira le juge Falcone. Effectivement, en 1984, le fameux Tommaso Buscetta se met à table. Il confirme tout. Charge Riina et Liggio. Rafle. 464 inculpés. Le maxi-procès. Mais il fait l'impasse sur les politiques. Il sait que le Palazzo romain est encore trop infiltré, trop gangrené. Au plus haut niveau. Il confesse à Falcone: «Quand nous serons de l'Autre Côté, et j'y arriverai le premier parce qu'ils vont me tuer, je vous dirai qui sont ces politiciens et, même alors, vous serez étonné.» Il ne lâche qu'un nom: Vito Ciancimino, l'ancien maire de Palerme, Vito le Corléonais, qui mange dans la main de Toto. Buscetta ne se trompait guère.


La Cour de cassation va annuler des jugements, libérer des mafieux. Le pouvoir démantèle le pool anti-mafia, mute Falcone à Rome, n'assure pas la protection des repentis, ligote les policiers. Cosa Nostra triomphe. Le cancer semble incurable. Ecœurée, l'Italie réagit. En Sicile, le Palermitain Leoluca Orlando entraîne la jeunesse dans une croisade anti-mafia. Dans le Nord, les ligues prospèrent en dénonçant la «pourriture» romaine, en exigeant l' «amputation» du Sud. Et les élections leur donnent raison. Panique au Palazzo. Les «amis» protecteurs de l'honorable société voient leur pouvoir vaciller. Les juges, eux, amorcent le come-back. Dans un livre remarquable (1), Giovanni Falcone présente sa machine de guerre. Il définit le poste d'un super-procureur idéal. Deux mois avant sa mort, L'Express le taquinait: «Votre livre est-il un curriculum?» Sa moustache s'était fendue d'un bel éclat de rire... Toto, lui, ne voit rien venir. Il commet trois erreurs. Il demande à Salvo Lima, député européen, l'homme de Giulio Andreotti en Sicile, des faveurs et des mesures de clémence. De tenir ses promesses. Cette fois, le «parrain» démocrate-chrétien ne peut plus rien. Bon. Le 12 mars 1992, un tueur passe... Ensuite, ses méthodes choquent ses alliés: sa violence, sa paranoïa, qui le pousse à les surveiller, à embaucher des mouchards. Enfin, son esprit de vengeance et son goût du message publicitaire l'amènent à «dynamiter» les juges Falcone et Borsellino.

 

Totò Riina sous les verrous


Nausée nationale


Trop, c'est trop. Ce n'est plus un deuil. C'est un haut-le-cœur, une nausée nationale. La pression populaire balaie enfin les caciques de Rome. Aux manettes de l'Etat, le président de la République, Oscar Luigi Scalfaro, et le président du Conseil, Giuliano Amato - des hommes probes - passent la vitesse supérieure. Les convocations de politiciens corrompus quittent les tiroirs de la justice. Mieux: à Milan, le juge Di Pietro inculpe à tour de bras. Et pas n'importe qui. Le Who's Who des élus lombards. Motif: pots-de-vin. Direction: la prison centrale de San Vittore. Elle affiche complet. Ou presque. Ici, disent les passants, «on astique déjà la cellule de Bettino Craxi», la star socialiste des années 80. Il hurle à la machination. Le juge s'en fout. Il poursuit ce que la rue a baptisé opération «Mains propres». Au Parlement, le député communiste Luciano Violante - président de la commission anti-mafia - et Claudio Martelli, garde des Sceaux, font passer les lois. Renforcement de la protection des repentis, inspiré du «Witness Act» américain. Création de la «Super-Procura», celle dont Falcone rêvait. Prolongation des enquêtes sur les délits mafieux jusqu'à deux ans. Nouvelle police: les inspecteurs peuvent travailler sous couverture, procéder à des achats simulés de drogue, mettre sur écoutes les suspects.


Enfin, les parrains détenus à l'Ucciardone - la prison des Bourbons, au cœur de Palerme - sont transférés sur l'îlot de Pianosa, au large de la Toscane. Un quartier de haute sécurité d'où, dit-on, «on ne voit même pas la mer». Résultat: la pêche est bonne. Harponnés: Giuseppe Madonia, boss de Caltanissetta; Raffaele Stolder, roi de la poudre à Naples; les frères Cuntrera, ambassadeurs de Cosa Nostra à Caracas. Et d'autres. Par centaines. En 1992, les tribunaux ont mis sous séquestre des biens mafieux. Estimation: 7 milliards de francs. Bref, les repentis - 250 à ce jour - et la population ont brisé le tabou. Surmonté la peur. Ils parlent. Et maintenant? Citons Buscetta: «Du jour où Riina ne sera plus là éclatera une guerre fratricide de tous contre tous qui aboutira à la fin de Cosa Nostra.» La guerre, probable.


Les prétendants: Bernardo Provenzano, à moins qu'il ne soit déjà mort; Nitto Santapaola, le boss catanais, vivrait en exil; Leoluca Bagarella, le beau-frère de Toto, tient la corde, si les «boss» de Trapani et d'Agrigente veulent bien se soumettre... La fin de Cosa Nostra? Celle des dinosaures, oui. Même si, demain, ils vengent le Courtaud, la ligne directe avec Rome est brouillée. Même si, demain, les dauphins renouvellent le genre, le sursaut démocratique italien marque le point de non-retour. «L'Etat a vaincu; nous tous, ensemble, avons vaincu», jubilait le présentateur de la RAI. «Hanno arrestato u Curtu?» Oui. Ils l'ont eu. A Corleone, les anciens ont gardé le silence. Continué leur partie de scopone, la belote locale. «Toto chi?» Mais l'annonce de la capture s'est répandue dans les écoles. Tous les enfants se sont levés. Ils ont applaudi.

 

 


Totò Riina lors de son procès

Par Antimafia - Publié dans : Mafiosi
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Mardi 6 octobre 2009

Bernardo Provenzano (Binnu) La campagne sicilienne autour de Corleone est rude mais bien belle au printemps. Ce mardi matin 11 avril 2006, de loin, dans la quiétude des champs presque en fleurs, les enquêteurs ont repéré la petite maison délabrée. Ses fenêtres sont curieusement voilées de plastique, pour qu'on ne remarque pas les lumières allumées depuis l'extérieur. Assis à sa table, ses fines lunettes sur le nez, un homme de 73 ans, en jeans et gilet bleu, tape tranquillement une lettre destinée à sa femme, sur sa machine à écrire, une antique Brother. A côté, de la chicorée mijote sur un fourneau. En voyant entrer les policiers, il a juste eu l'air surpris. "Bernardo Provenzano ? Vous êtes en état d'arrestation." L'homme a esquissé un geste de défense puis obtempéré sans même ouvrir la bouche. Pour le mythique chef suprême de Cosa Nostra, la Mafia sicilienne, c'était la fin d'une cavale qui a duré quarante-trois ans.
Procureur Michele Prestipino

"J'avais l'impression de le connaître depuis toujours, il était exactement comme je l'avais imaginé", nous confiera, ému, quelques heures après l'arrestation, le procureur substitut de la direction antimafia chargé de l'enquête, Michele Prestipino, en racontant cette traque insensée. "C'est le fruit, dira-t-il, d'années de recherches. On savait tout de lui à la fin, on a coupé, patiemment et en silence, tous ses réseaux. On l'a acculé à se réfugier dans son fief de Corleone. C'était l'ultime étape."




Corleone, nichée dans les collines derrière Palerme, là où tout a commencé. Depuis le film Le Parrain, de Francis Ford Coppola, c'est devenu le "Disneyland" de la Mafia vue par Hollywood. Les commerçants vendent des gadgets mafieux en riant sous cape, ils se doutaient bien, eux, que le parrain était toujours là. Forcément, c'est ici qu'il est né en 1933. Très vite il prendra part à la sanglante ascension du clan des Corléonais au sein de Cosa Nostra.

C'est un jeune tueur rusé et féroce, les autres l'appellent "Zu Binnu U Tratturi" ("Oncle Binnu, le Tracteur"), car il écrase ses ennemis. Avec lui, pas de merci. Les années 1950 sont les belles années de la mafia : en 1957, à Palerme, dans les salons feutrés de l'élégant Hôtel des Palmes, en plein centre-ville, les parrains américains sont venus rencontrer les "hommes d'honneur" siciliens. Sommet inédit pour le partage des réseaux de la drogue. Bernardo Provenzano prend part à tous les coups de main. Son boss de l'époque, Luciano Liggio, le respecte, mais ne l'aime pas. De lui, il dit : "Il tire comme un dieu, dommage qu'il ait un cerveau de poulet."

La suite le démentira. En mai 1963, "le Tracteur" rate sa proie, un mafieux d'un clan adverse, le clan Navarra, qui échappe aux balles, mais la police l'a identifié. Bernardo Provenzano doit désormais se cacher.

Il disparaît en septembre 1963, sans laisser d'autre trace qu'un signalement (1,65 m, cicatrice au cou) et une photo, celle d'un jeune homme brun, très gominé, au regard dur. Son nom, en revanche, reste très présent au sommet de Cosa Nostra au côté de Toto Riina, "Toto, le Courtaud" dit aussi "la Bête", nouveau parrain des parrains.

Ce sera le temps de la confrontation directe avec l'Etat, des équilibres rompus avec la vieille classe politique, des attentats. Les juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, en 1992, meurent dans l'explosion de tonnes de dynamite.

Toto Riina ne regarde pas à la dépense. Lorsqu'il est arrêté en 1993, c'est Bernardo Provenzano qui prend le relais. En grand tacticien, il change d'orientation et préconise "la plongée en eau profonde". La mafia ne tue plus. Elle s'immerge dans la société, devient invisible, mais toujours plus présente : gestion d'hôpitaux à travers des prête-noms, béton, appels d'offres, trafics en tous genres.

PERSONNAGE FANTÔME

Le "Zu Binnu", dans l'ombre, renoue les fils avec les politiciens les plus intrigants. C'est le temps de la "bourgeoisie mafieuse des affaires", qui fait 100 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans tout le pays. La femme du parrain, Saveria, reparaît tranquillement à Corleone et tient boutique. Son fils enseigne l'italien en Allemagne. La jeune génération, diplômée, entre dans les conseils d'administration. Le parrain, lui, est toujours en cavale.

Personne ne sait plus à quoi il ressemble. Pas même ses troupes. Il est insaisissable. On le dit à Palerme, il est à Bagheria. On le cherche à Agrigente, on découvre qu'il s'est fait soigner la prostate sous un faux nom (celui d'un boulanger) dans une clinique à Marseille, en France, en 2003. Il a même rempli le formulaire de la caisse d'assurance-maladie pour être remboursé.

En son absence, le "Zio", désormais personnage fantôme, accumule les condamnations à vie. Les repentis évoquent sa silhouette dans les interminables procès. On apprend qu'il ne mange que du fromage de chèvre, de la chicorée et certains miels. Il ne se fie ni aux téléphones portables ni aux e-mails. Il correspond en écrivant de courts billets, les "pizzini", déposés sous les pierres des chemins de campagne, qu'une armée de petits postiers distribue selon un parcours compliqué.

Mais où est-il ? A plusieurs reprises, la police le rate de peu. Y compris chez le médecin qui lui a "arrangé" une vilaine cicatrice au visage, souvenir d'un échange de coups. La police organise la filature de quelque 2 000 suspects, place un magnétophone dans un cabanon, lieu de rencontre de mafieux locaux. On croit distinguer enfin sa voix. Un repenti l'authentifie. Mais toujours rien. Dans les campagnes siciliennes, la réponse invariable est : "Nun cacciu, nun vidi, nun ceru e si ceru, durmiu" ("je ne sais pas, je n'ai rien vu, je n'y étais pas et si j'y étais, je dormais.")

Pietro Grasso, procureur de Palerme, s'indigne, en 2005, évoquant "des groupes sociaux entiers", y compris politiques, qui "couvrent" la retraite du parrain. Le procureur va sur un plateau de télévision de l'émission "Chi l'ha visto", le "perdu de vue" italien, et exhibe un portrait-robot de M. Provenzano, construit avec l'aide du repenti Nino Giuffré, son ancien bras droit. Le "Zio" a retrouvé un visage, désormais connu de tous les Italiens, celui amaigri d'un homme malade aux cheveux blancs.

L'étau se resserre. En janvier 2005 un réseau de 46 mafieux, cordon de protection du parrain, est démantelé. Un de ses avocats, il y a quinze jours, tente même d'accréditer la thèse de sa mort. Puis c'est la fin du voyage, à Corleone. A-t-il été donné ? Malade, avait-il tenté de pactiser ? Une interception téléphonique dans laquelle il est question "de linge de rechange à livrer au Zio" le trahit définitivement. Lorsque Provenzano a été retrouvé, mardi, il n'avait plus avec lui qu'un berger pour tout garde du corps.

Dans ses poches, une kyrielle de petits billets déjà prêts. Ses successeurs (le procureur Prestipino parle d'un certain Lo Piccolo ou Messino Denaro) ne les recevront jamais.

 

Bernardo Provenzano lors de son arrestation


L'arrestation de Bernardo Provenzano après 40 ans de clandestinité

 

 


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Dimanche 9 août 2009
GIOVANNI BRUSCA arrété !

Giovanni Brusca GIOVANNI BRUSCA, l'un des parrains les plus féroces de Cosa Nostra, la mafia sicilienne, a été capturé au terme de trois ans d'enquêtes. Notamment accusé d'avoir appuyé sur le détonateur de la bombe qui avait pulvérisé la voiture du juge Falcone à Capaci en mai 1992, Brusca, « l'héritier » direct de Toto Riina (arrêté il y a un an), a été immédiatement incarcéré à la prison de Palerme. Plus de quatre cents agents avaient été détachés par la direction antimafia de Palerme et expédiés en pleine campagne, à deux pas de Agrigento, là où se cachait « la terreur de Cosa Nostra ».

Il était environ 20 h 30, Giovanni Brusca regardait la télévision avec sa femme et son fils âgé de trois ans. Ironie du sort, ce soir-là, Canale Cinq projetait le film de Giuseppe Ferrara, « Giovanni Falcone » ou les derniers jours de ce magistrat. Giovanni Brusca n'aura pas eu le temps de voir l'acteur qui le remplaçait à l'écran. Quatre coups de feux ont éclaté, la porte a été enfoncée, les vitres des fenêtres ont volé en éclats, tandis que vingt à trente policiers, armés jusqu'aux dents, entraient dans la petite maison cachée derrière les dunes sableuses.

Brusca, un tueur sans pitié, qui n'hésita pas à étrangler froidement un enfant de onze ans coupable d'être le fils d'un repenti Santino di Matteo, l'un des fidèles lieutenant du clan Corleone, avant de passer de l'autre côté de la barricade. Pour effacer les traces de cet assassinat, Brusca avait plongé le cadavre du petit Guieseppe dans un bain d'acide. Brusca est l'un des boss de cette Cosa Nostra que l'on dit aujourd'hui incapable de redevenir mafia politique. Un homme violent qui choisissait impitoyablement de quelle façon devaient mourir ses victimes : la corde, une rafale de P38 ou de kalachnikov, ou encore, le TNT comme pour le juge Falcone.

Le 23 mai 1992, Brusca s'était caché sur les collines qui surplombent la sortie de l'autoroute de Capaci où devait passer la voiture du juge. Il attendait son heure, le doigt prêt à presser le bouton de la bombe au TNT programmée pour 17 h 58. Depuis cet assassinat, Brusca était en cavale. Les Corleone avaient entamé une guerre sans pitié contre l'Etat italien. Milan, Florence, Rome, trois villes, trois bombes au TNT. Puis une opération antirepentis, au cours de laquelle Brusca étrangle le père de l'un d'entre eux, Gioacchino La Barbera, avant d'obliger Antonino Gioé, l'un de ses proches, à se passer la corde au cou pour éviter que sa propre famille ne soit assassinée par les Corleone. Et la liste s'allonge. Brusca enlève et torture à mort les amis de Balduccio Di Maggio, un autre repenti ayant dénoncé Toto Riina.

Depuis un an, ce monstre vivait dans l'isolement total, entouré d'un peloton de « piccioti » (les petits) armés de mitraillettes, de missiles et de TNT, élevés dans le respect des Corleone par Leoluca Bagarella, autre parrain arrêté l'été dernier. Il préparait d'autres assassinats « excellents », pour essayer probablement de reprendre la situation en main.


Article paru le 22 mai 1996, l'Humanité

Scènes de liesse des policiers siciliens après la capture de Brusca

Arrestation de Brusca
Arrestation de Brusca


Giovanni Brusca, l’un des membres les plus cruels de Cosa nostra, commence à se mettre à table. Reste à connaître ses véritables motivations.

Il fait chaud à Palerme en cette fin de mois d’août et pourtant le parquet est en pleine effervescence. Depuis vendredi matin, on ne parle ici que de l’affaire « Brusca », prénom Giovanni, surnommé « le Boucher » au vu de ses activités criminelles. L’affaire a éclaté jeudi soir, lorsque l’agence de presse italienne Ansa a « lancé » une nouvelle bombe, résultat d’une fuite que l’on soupçonne d’origine judiciaire : Giovanni Brusca, l’un des parrains les plus féroces de Cosa Nostra, se serait repenti décidant ainsi de dévoiler les secrets les plus intimes de l’honorable organisation.


Les premières pages des quotidiens nationaux ont été modifiées en toute hâte pour accorder les « honneurs » de la une à « U Verru » (le cochon, en dialecte parlermitain), premier « capo mandate » (chef mandant) de la Pieuvre à se repentir. Arrêté le 20 mai dernier par l’antimafia au terme d’une opération « coup de poing », Giovanni Brusca avait été immédiatement soumis au régime pénitentiaire « dur » réservé aux superparrains de la Mafia comme le prévoit l’article 41 bis du Code pénal italien. Une seule visite par mois sans contact physique, pas de paquet de nourriture ou de coup de téléphone, les lettres sont passées à la censure, une heure de promenade quotidienne, en deux mots : l’isolement total.


Que s’est-il donc passé dans la tête de cet homme coupable d’avoir massacré et plongé dans l’acide sulfurique un enfant de onze ans, sans compter une trentaine d’assassinats commis personnellement ou commandités, et les meurtres des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, le tout pour le bien de Cosa Nostra ? Si l’en croit les premières indiscrétions, les révélations de Brusca n’auraient pour le moment aucune importance, si ce n’est au niveau du chapitre Andréotti ou de l’affaire concernant le sénateur à vie Guilio, accusé de collusion avec la Pieuvre. Brusca aurait, dit-on, affirmé ne rien savoir à ce propos ou, mieux encore, ne jamais l’avoir rencontré. Pour les juges chargés de l’enquête, une question s’impose : est-il possible qu’un mafioso ayant de telles accointances n’ait jamais entendu parlé de celui que l’on a surnommé « Lo Zio » (l’oncle) dans les milieux criminels ?


C’est ici qu’entre en jeu l’avocat de Brusca, Vito Ganci, défenseur de mafiosi importants, tels Don Tano Badalamenti, l’un des chefs les plus respectés de la vieille Mafia palermitaine. Ganci affirme qu’en 1991 quelques personnages haut placés auraient fait pression sur les mafiosi, alors incarcérés, leur demandant de se repentir en accusant Andréotti en échange de quelques faveurs. L’avocat affirme être actuellement en danger de mort au vu des confessions faites par son client au cours des deux derniers mois. Après avoir lancé un avertissement peu caché à la Pieuvre par le biais du quotidien « La Republica », Ganci déclare avoir pris ses précautions en révélant les secrets de Brusca à cinq de ses meilleurs amis. Après avoir ajouté : « Brusca aurait l’intention de dévoiler le niveau et la qualité des relations entre le monde politique et judiciaire italien et la Mafia. »


Dans l’immédiat, faut-il croire à la sincérité de « U Veru » ? deux possibilités : Brusca sert en fait de cheval de Troyes à la Mafia spécialisée dans les opérations d’infiltration, ou encore le mafioso espère éviter une dizaine de condamnations à perpétuité en jouissant des privilèges accordés aux repentis tel le programme de protection qui envisage une réinsertion finale dans la société.

 

Article paru le 26 août 1996, l'Humanité

 


 


 

Le jeu troube de Giovanni Brusca

GIOVANNI BRUSCA, le « super-parrain aspirant repenti », a été interrogé mercredi après-midi dans une prison romaine par six magistrats spécialisés dans la lutte contre la Mafia. L’interrogatoire, prévu pour la veille, avait été reporté car les juges avaient choisi, dans un premier temps, d’auditionner Vito Ganci, l’ancien avocat du mafioso. Ce dernier affirmait avoir recueilli des confessions de Giovanni Brusca, selon lesquelles un complot aurait été organisé par quelques personnages haut placés pour accuser le sénateur à vie Giulio Andreotti de collusion avec la mafia et déstabiliser ainsi les institutions italiennes.


Brusca a donc parlé. Et si l’on en croit le « super-parrain », il y avait effectivement complot, mais dont le but était de jeter l’ombre sur les repentis en mettant également « dans le bain » certains personnages haut placés, tel le président de la Chambre des députés, Luciano Violente. C’est en 1991 que Brusca aurait fortuitement rencontré Violente, au cours d’un voyage en avion. Les deux hommes n’avaient eu aucun contact et pourtant le boss avait mis au point un plan qu’il voulait sans faille en déclarant que le président de la Chambre des députés l’avait approché pour parler de l’affaire Andreotti. Une fois ce premier mystère éclairci, on comprend la position des juges qui doutaient de la sincérité de Brusca. Un procès verbal établi au printemps dernier durant l’audition d’un autre repenti célèbre, Giuseppe Monticciolo (il était le bras droit de Brusca), anticipait de quelques semaines les premières déclarations d’« U’Verru ». Monticciolo déclarait à l’époque que Brusca aurait essayé de prouver sa bonne foi quelques jours après son arrestation en inventant l’histoire du complot contre Andreotti. Il est probable que, sous la pression des juges, Brusca ait décidé d’avouer plutôt que de s’immoler sur l’autel de la mafia et de passer le restant de sa vie en prison.


Toutefois, le « super-parrain » a décidé de gagner du temps en se contentant, dans l’immédiat, de promettre qu’il parlera, qu’il racontera les liens entre mafia et classe politique italienne. En espérant ainsi obtenir les avantages accordés aux repentis, tel le programme de protection, et éviter également que l’Honorable Organisation ne lui envoie quelques sicaires.


Reste encore à éclaircir la position de Vito Ganci, qui affirmait se sentir en danger après les confessions de Brusca. Interviewé par de nombreux journalistes, l’avocat affirmait en savoir trop.


Article paru le 30 août 1996, l'Humanité





Par Christian - Publié dans : Mafiosi
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Mardi 4 août 2009
Rita Borsellino

Rita Borsellino est l’une des figures les plus populaires de la lutte antimafia en Sicile. Elle a personnellement été victime de la Mafia sicilienne lorsque son frère, Paolo, symbole de la lutte de l'Etat contre le crime organisé, a été assassiné lors d’un attentat à la voiture piégée en 1992. Ancienne vice-présidente de Libera, une association ayant pour but de combattre la culture mafieuse parmi les jeunes de Sicile, Rita Borsellino est aujourd’hui très impliquée en politique.

 

INTERVIEW - par giovanni campi - Paris- 20/03/2006

La Mafia a profondément marqué votre vie. Que représente-t-elle pour vous aujourd’hui ?


Naturellement la première chose à laquelle je pense lorsque je définis la Mafia est la violence. Une violence qui m’a frappée personnellement et profondément. Une violence qui est le premier, le plus direct et tangible signe de l’action mafieuse. La violence dans la Mafia constitue une sorte de culture ou de sous-culture. La Mafia contrôle les esprits, façonne la perception des choses, contrôle les consciences et le territoire, surtout et plus directement en Sicile.


La Mafia est-elle un problème social ou politico-économique ?


La Mafia est un condensé de tous ces éléments. A la base, il s’agit d’un problème de culture, elle part des racines de la société et se répand dans tous les secteurs : social, politique, ou économique. Elle ne s’infiltre pas séparément dans un de ces domaines. Tous ces facteurs conditionnent son existence et sa survie et rendent le phénomène mafieux complexe et extrêmement ramifié.


La Mafia actuelle ressemble t-elle à celle de 1992 ou incarne t-elle un phénomène en mutation ?


La Mafia n’est pas statique. Après les tueries de 1992 [série d'attentats qui ont notamment coûté la vie aux juge Falcone et Borsellino] qui ont marqué l’Italie et secoué l’opinion publique, la Mafia a changé de peau, modifiant son rapport avec le pays et développant de nouvelles modalités de contrôle. La Mafia a essayé de se faire oublier et se mettre à l’abri des regards indiscrets. Il faut admettre qu’elle y est en partie parvenue : on a moins parlé d’elle durant ces dernières années, tant au niveau des médias que de l’opinion publique. Elle a également changé de stratégie : c’est une Mafia qui ne tue plus et donc fait moins parler d’elle, mais qui contrôle scrupuleusement le monde de l’économie.


La Mafia n’est plus un problème local ou national. Peut-on l’analyser comme un problème global incluant l’Europe dans le cadre de ses différents types d’activité ?


La Mafia n’est plus un problème national italien, absolument pas. Elle est inévitablement devenue un problème européen, voire mondial. Ces dernières années, elle a changé de cap, de type de trafics, ses contacts avec les cellules locales, ses rapports financiers et commerciaux. Symbole de ce changement : aujourd’hui on ne parle plus de la Mafia mais des « mafias ». Nous pouvons et devons agir contre ces mafias à l'échelon européen. Toutefois il est opportun de garder en mémoire que la Mafia est un phénomène mondial et que l’Europe n’est que l’une de ses zones d’activité.


Vous soutenez que l’Union européenne peut jouer un rôle important pour combattre les groupements mafieux ?


Personnellement je crois que l’Europe devrait davantage prêter attention au phénomène des mafias et déployer plus de moyens pour les combattre. L’Europe devrait agir sur plusieurs plans, du général au particulier. Nous avons dernièrement enregistré un développement des réseaux locaux, comme en Albanie, qui s'étendent ensuite au niveau international. L’action européenne devrait être répressive mais surtout préventive : créer des liaisons entre les Etats-membres, entre les polices et les entités est fondamental.


Quel rôle imaginez-vous pour la police européenne antimafia ?


Le rôle que l’Union européenne peut exercer est essentiel. Son action est indispensable. Ce devrait être surtout un rôle de vérification, de contrôle, dans le but de créer un cadre de collaboration et de liaison.


Par Christian - Publié dans : Antimafia
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